Le Coq Numérique Le Coq Numérique Souveraineté numérique française
Cloud Act & Souveraineté

Cloud américain : les mythes qui entretiennent notre dépendance

Par Le Coq Numérique · · souveraineté numérique, cloud européen, hébergement

On nous a répété qu'héberger hors des géants américains était du bricolage. Décryptage des mythes qui entretiennent notre dépendance numérique.

On nous l'a répété si souvent que c'en est devenu une évidence partagée : héberger une application sérieuse en Europe, sans passer par les géants américains, relèverait du folklore militant ou du bricolage condamné à l'échec. Sauf qu'en regardant de près le marché du logiciel français, on découvre une réalité un peu gênante. Les plus belles réussites du secteur, ces applications de gestion, de paie ou de mutuelle que nous utilisons tous, confient presque toutes leurs infrastructures à des acteurs venus d'outre-Atlantique.

Étrange, pour un continent qui serait soi-disant démuni.

Car le plus cocasse, c'est que les alternatives locales existent bel et bien. Notre continent abrite des pionniers de l'infrastructure et des spécialistes de la gestion de serveurs qui n'ont rien à envier à la concurrence. La dépendance, elle, reste pourtant massive, atteignant parfois des proportions vertigineuses dans les statistiques du marché. Si ce n'est pas l'absence de solutions qui explique cette domination, alors quoi ? La réponse tient moins de la technique que de la sociologie, du marketing et de quelques habitudes bien ancrées.

On nous aurait dit que c'était un choix purement technique

Premier mythe à écorner : l'idée que les directeurs techniques choisiraient le meilleur outil après une analyse froide et rationnelle. La vérité est plus terre à terre. Le levier de cette domination ne se trouve pas dans les centres de données, mais sur les bancs des écoles d'ingénieurs et des universités. Durant leur formation, les futurs développeurs manipulent majoritairement les outils mis à disposition par les leaders américains, lesquels déploient des efforts considérables pour s'installer au cœur des cursus.

Résultat, lorsqu'un jeune diplômé rejoint une entreprise ou monte sa propre structure, son premier réflexe le ramène vers l'écosystème qu'il maîtrise déjà sur le bout des doigts. Pour une jeune pousse qui doit avancer vite, reformer ses équipes sur un nouvel environnement représente un coût qu'elle refuse souvent d'assumer. Le recrutement vient enfoncer le clou : il est plus simple de trouver des profils qualifiés sur des technologies standardisées à l'échelle mondiale. Ce n'est donc pas un choix de raison, mais une dépendance culturelle, transmise dès l'amphithéâtre et présentée comme une fatalité.

On nous aurait juré qu'il fallait absolument une présence mondiale

Deuxième argument que l'on nous sert à tout-va : sans serveurs sur chaque continent, impossible de grandir. Il est vrai que les leaders américains offrent une présence mondiale immédiate, permettant de déployer une application à Tokyo, New York ou Paris en quelques clics. Et il est vrai que le maillage international de nos fournisseurs locaux reste plus discret, même si l'offre s'étoffe à vive allure.

Mais soyons honnêtes sur l'usage réel. La majorité des applications courantes n'exploitent qu'une fraction de ces capacités gigantesques que l'on nous vend comme indispensables. On invoque la taille des infrastructures ou la disponibilité immédiate de configurations hors normes, pour des besoins qui, dans les faits, restent modestes. Pire pour le mythe : nos acteurs de proximité se révèlent souvent plus agiles, capables de concevoir des architectures sur mesure et de s'adapter aux exigences spécifiques de leurs clients par un dialogue direct. Exactement ce que les mastodontes, eux, ne proposent jamais.

On nous aurait laissé croire que c'était le choix « sérieux »

Vient ensuite le ressort le plus puissant, et le moins avouable : la sécurité managériale. Choisir l'acteur que tout le monde utilise, c'est s'offrir une tranquillité d'esprit vis-à-vis des investisseurs et des clients. Si une panne générale frappe un géant mondial, l'entreprise cliente sera perçue comme la victime d'un événement planétaire, indépendant de sa volonté. La belle excuse collective.

En revanche, qu'un incident touche un fournisseur local moins visible, et c'est la direction que l'on pointe du doigt pour avoir « pris un risque ». Cette prime au conformisme paralyse quantité de structures. Les budgets publicitaires colossaux et les communautés de développeurs ultra-actives finissent par saturer l'espace informationnel au point de faire croire qu'aucune autre issue n'est viable pour une entreprise technologique qui se respecte. On ne nous a pas menti par une seule grosse contre-vérité, mais par une ambiance, un bruit de fond permanent.

On nous aurait promis que c'était moins cher

Dernier mirage, et non des moindres : le prix. Les économies d'échelle permettent aux leaders mondiaux de casser les tarifs pour rafler les nouveaux projets, et les crédits gratuits pour les jeunes entreprises sont devenus monnaie courante. De quoi faire tourner des infrastructures lourdes sans débourser un centime pendant les premiers mois. L'affaire semble entendue.

L'effet pervers se révèle quand l'entreprise grandit. Une fois le code, les bases de données et les outils imbriqués dans l'écosystème d'un fournisseur, en sortir devient un chantier titanesque. Les tarifs grimpent, les options gratuites s'évaporent, mais le coût d'une migration s'avère si dissuasif que beaucoup préfèrent subir la hausse plutôt que de changer de modèle. Le « pas cher » du début se paie au prix fort, plus tard. Nos fournisseurs locaux, eux, affichent des grilles souvent plus transparentes et prévisibles sur la durée, sans mauvaise surprise au moment de la facture.

Reprendre le contrôle, maintenant qu'on sait

Si l'on nous a vendu une fatalité qui n'en était pas une, alors rien n'interdit de changer de cap. La commande publique constitue le premier levier. Si les administrations, les collectivités et les services de l'État orientaient systématiquement leurs budgets d'hébergement vers des acteurs locaux respectueux des réglementations territoriales, ces derniers disposeraient de la puissance financière pour accélérer leur expansion et rivaliser à armes égales.

Le reste tient à l'audace des dirigeants. Choisir la souveraineté numérique ne devrait plus passer pour une contrainte, mais pour un engagement stratégique et un argument commercial face à des utilisateurs de plus en plus attentifs à la confidentialité de leurs données. Quant à nous, citoyens et clients professionnels, il nous reste une arme simple : demander à nos fournisseurs de logiciels où sont réellement hébergées nos données et qui gère vraiment les serveurs.

En exigeant cette transparence sur les coulisses de nos applications préférées, nous forcerons l'écosystème entier à se tourner vers des solutions plus proches, plus sûres et véritablement autonomes. On nous aurait menti ? Peut-être. À nous de ne plus faire semblant d'y croire.

Pour aller plus loin

Vous souhaitez auditer votre infrastructure et réduire votre dépendance aux géants américains ? Découvrez nos offres d'hébergement souverain ou contactez notre équipe pour un premier échange gratuit.

Mots-clés :

souveraineté numérique cloud européen hébergement DSI alternatives locales

Passez à l'action

Protégez vos données et mettez-vous en conformité RGPD. Audit offert sous 24 h.

Demander mon audit offert